« Trouver un emploi lorsque l’on n’a pas de handicap n’est pas facile mais avec une canne blanche, c’est encore plus difficile. »

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Le témoignage de Christelle, consultante en intérim au service de garde (Flex team) de Manpower.

La diversité et l’inclusion sont au cœur de la stratégie de ManpowerGroup. Partout dans le monde. En Belgique aussi.  C’est le troisième pilier de notre stratégie de développement durable : ‘Nous voulons aider chaque personne à s’intégrer sur le marché du travail et à développer son potentiel’. Et cela commence par notre propre personnel.  Voici près d’un an que Christelle a rejoint la Flexteam de Manpower.  Voici son témoignage qu’elle nous partage avec ses mots.

« Bonjour ! Je m’appelle Christelle, je suis malvoyante. J’ai une maladie génétique dégénérative depuis la naissance appelée Rétinite Pigmentaire et grâce à Manpower j’ai trouvé le job de mes rêves : je suis consultante en intérim en télétravail au sein de la Flexteam, le service de garde de Manpower.

 

La Rétinite Pigmentaire, une maladie rare

La Rétinite Pigmentaire est une maladie rare, elle agit sur la rétine de l’œil. Lorsqu’il fait sombre, on ne voit plus rien. C’est comme si on était non-voyant car notre rétine ne fonctionne plus. J’ai également une vision en forme de tunnel, comme si on regardait à travers une serrure d’une porte. Voilà ma vision au quotidien. Impossible donc de conduire une voiture. Au début de la maladie je voyais encore un peu sur les côtés, en haut et en bas mais en 2014, la maladie s’est accélérée et j’ai perdu tout mon champ visuel. Je n’ai plus qu’une vision centrale. J’utilise donc une canne blanche pour mes déplacements pour pouvoir être le plus autonome possible. On a aussi très difficile à voir lorsqu’il y a du soleil, la lumière nous brûle les yeux. On ne reconnait plus les visages des personnes dans la rue, les formes sont troubles, les couleurs sont presque toutes pareilles, tout devient difficile et comme c’est une maladie génétique, elle agit sur d’autres organes du corps. Certaines personnes sont également malentendantes (maladie de Usher). Le plus compliqué c’est que l’on ne sait pas comment la maladie évolue. Elle peut être très stable ou très brutale jusqu’à mener à la cécité.

 

Une passion pour la comptabilité et une première expérience professionnelle

Dès mes études secondaires, je savais que je voulais être comptable et/ou employée administrative. Je me suis orienté vers des études techniques de qualification en gestion avec beaucoup d’heures de comptabilité. Cela me passionnait énormément. J’ai également développé des compétences administratives comme technicienne de bureau. Ensuite, j’ai poursuivi ma formation en obtenant un bachelier en comptabilité.

 

Le diplôme en poche, j’ai pu acquérir une première expérience professionnelle en travaillant comme intérimaire. J’ai travaillé comme comptable au siège social d’une société d’électro-ménager, mais les trajets entre mon domicile et le lieu de travail étaient très difficiles. En effet, le matin et le soir il faisait noir, je trébuchais souvent, je prenais parfois le mauvais bus, je ne m’arrêtais pas au bon arrêt. Le stress était très présent. Je ne parlais pas de ma maladie car j’avais peur de perdre mon travail.

Après ce contrat, j’ai travaillé comme employée administrative dans une grande banque. Je rencontrais les mêmes problèmes que chez mon employeur précédent :  j’apprenais les programmes informatiques par cœur, je connais le clavier sans le regarder, je sais donc taper très vite à l’ordinateur. Il y avait une très bonne ambiance, car on était tous intérimaires et pourtant je n’osais toujours pas parler de mon handicap. Le handicap est invisible et donc personne ne savait que je voyais mal.

Mon nouveau contrat m’a conduit au service des plaintes d’une agence fédérale où j’ai occupé un poste d’employée administrative. C’est à ce moment-là que ma vue s’est aggravée et que j’ai été contrainte d’utiliser en permanence la canne blanche. J’ai suivi des cours de locomotion à la Ligue Braille à Bruxelles pour pouvoir l’utiliser correctement. Mon responsable et mes collègues étaient alors au courant de ma maladie, je me sentais enfin prête à leur en parler et avec la canne blanche je ne pouvais plus le cacher. Mon responsable l’a très bien accepté car lui-aussi avait eu un accident à un œil et il comprenait ce que je ressentais.

Lorsque mon contrat s’est terminé, je devais alors trouver un autre job et je savais que cela allait devenir plus compliqué.

 

 A la recherche d’un emploi …avec une canne blanche

Trouver un emploi lorsque l’on n’a pas de handicap n’est pas facile, mais avec une canne blanche, c’est encore plus difficile. En effet, lorsque je postulais un emploi, la première étape était de vérifier si la société était accessible en transport en commun, ensuite je regardais si je correspondais au profil demandé et seulement après j’envoyais ma candidature. Souvent mon CV était sélectionné avec l’expérience que j’avais acquise et l’on me demandait régulièrement de me présenter à un entretien d’embauche.

A chaque entrevue, je me présentais avec ma canne blanche. A ce moment-là, je ne pouvais plus m’en passer, les employeurs me trouvaient n’importe quel prétexte pour ne pas m’engager. En voici quelques exemples. On m’a dit que j’avais un problème au pied et que c’est pour cela que j’avais une canne blanche. Il arrivait aussi que l’offre d’emploi se modifiait lors de l’entretien : je ne devais faire que du travail administratif et soudainement le poste était à 75% composé de rendez-vous chez les clients, ce qui n’était bien entendu pas indiqué dans l’offre d’emploi sinon je n’aurais pas postulé. Mais on évoquait aussi d’autres raisons :  je ne connaissais pas les programmes informatiques de la société et on n’avait pas le temps de me les apprendre ou encore j’habitais trop loin alors que mon adresse est indiquée sur mon CV. On disait aussi que j’étais aussi trop qualifiée pour le poste et le plus souvent je ne correspondais pas au profil alors que l’on m’avait proposé un rendez-vous sur base de mon CV.

Une nouvelle formation suivie d’un stage

Pendant presque deux ans, j’ai cherché un emploi, évidemment sans succès, je n’ai jamais demandé d’aide pour travailler sur ordinateur, car je n’en ai pas besoin et la canne blanche sert uniquement pour mes déplacements. Mon handicap n’était donc pas un frein pour trouver un emploi. C’était plutôt la peur de la différence ou l’image de la société qui était le véritable obstacle que je devais surmonter. Mais j’étais très motivée et je voulais travailler.

J’ai donc décidé de resuivre une formation d’aide-comptable au sein du Forem car avec les années, certaines règlementations au niveau de la TVA avaient changé et je voulais me remettre à jour. À la suite de cette formation, un stage était proposé et j’espérais avec ce stage enfin trouver un emploi.

J’ai donc fait mon stage dans une société de transport comme aide-comptable, ensuite j’ai eu un contrat de remplacement et un contrat d’un an toujours en comptabilité. Malheureusement je n’ai pas décroché un contrat à durée indéterminée pour des raisons budgétaires.

Retour à la case départ, à la recherche d’un emploi, aux convocations du Forem pour prouver que je cherchais bien du travail et comme je ne trouvais pas ils m’ont conseillé de m’inscrire à la Mirelux. La Mirelux est un organisme agréé par le Forem et la région Wallonne dans la province du Luxembourg. Leur rôle est de concilier l’offre et la demande d’emploi mais généralement pour des emplois de premier niveau de qualification. Pour moi avec un graduat en comptabilité, ils avaient très peu d’offre à me transmettre mais j’ai quand même eu quelques entretiens d’embauche, mais je n’ai pas été sélectionnée.

Une opportunité de travail au service de garde de Manpower

Et puis, enfin le job de rêve s’est présenté : une opportunité de contrat à durée indéterminée avec Manpower.

C’était pendant le mois de juin 2019, la Mirelux me contacta et me dit :  « Voilà,  on a une offre qui pourrait t’intéresser. C’est une offre d’emploi pour travailler depuis ton domicile en télétravail en tant que consultante en intérim pour Manpower pour toute la Belgique en travail d’équipe (Flexteam). C’est du travail administratif : faire des contrats de travail, répondre aux questions des candidats et des clients et chercher des candidats en urgence par téléphone ou par mail. C’est un travail très varié. C’est un service de garde. Le seul inconvénient, ce sont les horaires, tu devras travailler de 4h30 à 9h30, de 17h30 à 22h30, les week-ends et les jours fériés de 6h à 14h30 et de 14h à 22h30 mais l’avantage c’est que tu pourras travailler de chez toi et ils cherchent bien entendu aussi des personnes ayant un handicap. »

 Une sélection rigoureuse avec beaucoup d’écoute

Je ne pouvais pas rêver mieux, c’était un job fait sur mesure pour moi. Mais de nouveau l’inquiétude d’être sélectionnée ou non persistait. J’ai donc envoyé ma candidature sans attendre et j’ai eu un premier contact par téléphone avec Marie de Manpower. Je me suis sentie directement écoutée et en confiance. Je lui ai donc expliqué mon problème visuel et elle m’a convié à une entrevue. C’est le meilleur entretien d’embauche que j’ai eu dans toutes mes recherches d’emploi. Elle ne me jugeait pas et je ne devais pas me vendre. Bien sûr, elle me posait les questions habituelles lors d’en entretien mais les questions pour une fois étaient réfléchies et pas juste posées pour le plaisir en sachant qu’on n’allait pas me sélectionner.

C’était différent mais Marie ne pouvait pas choisir seule les candidats pour ce poste, je devais encore me battre, je devais rencontrer ma responsable (Kimberley) et une responsable du recrutement (Sophie).

L’entretien tant attendu se déroula et j’ai enfin eu une réponse positive que j’étais sélectionnée pour le poste. Je devais donc suivre une formation de 15 jours à Bruxelles afin d’apprendre la législation sociale, les programmes informatiques et bien sûr, rencontrer mes collègues de la Flexteam. J’ai été magnifiquement accueillie par mes collègues, ma responsable, toutes les personnes employées chez Manpower, aussi bien lors des formations qu’au sein de la société. On ne me regardait pas bizarrement et on m’aidait si je ne trouvais pas la salle de formation ou les toilettes par exemple. Tout le monde m’acceptait, sans se poser de question et me considérait comme une personne autonome, ce que je suis.

Nous sommes actuellement une équipe de 8 personnes à faire le même travail depuis notre domicile plus notre responsable qui est toujours joignable et toujours présente lorsque l’on hésite sur une situation ou si on a une question. Je suis fière de travailler avec chacun.e d’eux et avec toutes les personnes de chez Manpower. Il y a une grande entraide entre tous et une grande convivialité. 

Continuez à croire en vos rêves

Si vous avez un handicap quel qu’il soit, que vous êtes motivé.e et que vous voulez trouver du travail, battez-vous. Si l’on vous met des bâtons dans les roues, car il y en aura, c’est certain, continuez à croire en vous et en vos rêves, continuez à avancer, trouver des solutions, ne vous arrêtez pas en chemin et même si c’est difficile de devoir toujours faire face à des refus, à des jugements, dites-vous que peut-être que comme moi un jour, vous trouverez votre job idéal. »

Christelle